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16 juin 2017

Focus carrière : Actrice 

 

 Crédit photo : Andréanne Gauthier

 

Stéphanie Massicotte Germain

 

Je suis actrice ou si vous préférez, comédienne.

Vous dites comme vous voulez, mais du côté francophone, c’est la même chose.

 

 

1. Comment décide-t-on de devenir actrice?

 

Ça s’est fait progressivement. J’ai été intéressée à aller en concentration théâtre au secondaire par curiosité. Notre professeur de 6e année nous avait faire lire des scènes de Cyrano de Bergerac et j’avais été happée par l’effet de rassemblement positif que ça avait créé. Bien qu’au départ je ne considérais pas cette avenue comme un métier possible pour moi, mon chemin s’est tracé peu à peu, guidé par mon intérêt pour le théâtre, le jeu et la création.

 

 

2. Comment y arriver, quelles études faut-il faire? 

 

Certains y arrivent très jeunes, sans formation préalable, souvent grâce au soutien de leurs parents et réussissent à garder une vie professionnelle active toute leur vie, mais rares sont ceux qui font de la scène. C’est plus difficile pour les enfants acteurs de poursuivre de hautes études. Quelques-uns prennent parfois « une pause caméra » pour se concentrer sur celles-ci.

 

Par contre, la plupart des comédiens actifs au Québec sont allés dans des écoles de théâtre professionnelles. Il y en a plusieurs : L’École nationale de théâtre du Canada, le Conservatoire de Montréal, le Conservatoire de Québec, le Cégep Lionel-Groulx, le Cégep de Saint-Hyacinthe et l’UQAM. Je vous dirais que les trois premières sont les plus réputées, mais toutes offrent une excellente formation qui varie entre 3 et 4 ans à plein temps. Pour y être accepté, il faut préparer deux scènes de 5 minutes chacune; une en français normatif, l’autre en québécois, et l’une des deux doit être comique et l’autre dramatique. Il faut donc quelqu’un pour vous donner la réplique et un metteur en scène qui vous aidera à faire ressortir le meilleur de vous-même et de la scène. Il faut être très bien préparé pour se démarquer parce qu’environ 500 personnes (une majorité de femmes) se présentent et en général, un maximum de 12 personnes sont acceptées.

 

À l’École nationale de théâtre du Canada et aux deux conservatoires, si votre audition a plu aux juges, ils vous convoqueront pour un stage de quelques jours où vous goûterez au type de formation que l’école offre et qui se terminera par une présentation de scènes et d’autres « matières » que vous aurez explorées (chant, mouvement, voix, improvisation, examen écrit de connaissances générales, etc.). Après cela seulement, ils feront leur sélection en fonction de votre attitude, des commentaires des professeurs, de votre « rendement », etc. Si vous êtes refusé, vous aurez le droit de vous représenter l’année suivante jusqu’à un maximum de trois essais.

 

(*Informations à vérifier. Il se peut que tout cela ait quelque peu changé avec les années)

 

Pour ce qui est des cégeps Lionel-Groulx et de Saint-Hyacinthe, il n’y a pas de stage (seulement une deuxième audition pour le premier cégep), mais le gros hic, c’est qu’ils acceptent plus de gens et en retranchent la majeure partie en cours de formation pour ne terminer qu’avec une douzaine de finissants. C’est une des principales raisons pour laquelle la plupart des gens préfèrent aller à l’École nationale de théâtre du Canada ou à un des deux conservatoires.

 

 

3. Quel est votre parcours professionnel jusqu’à maintenant?

 

Bon, je vais tenter de rester factuelle dans ma réponse et de ne pas trop entrer dans les détails, ce serait trop long! 

 

Comme je le disais plus tôt, j’ai fait mon secondaire en concentration théâtre. J’ai ensuite fait le programme pré universitaire d’arts et lettres, théâtre et médias au cégep de Trois-Rivières et j’ai été acceptée à l’École nationale de théâtre du Canada tout de suite après, en 2005.

 

À la suite de mes quatre années à temps plein à l’École nationale de théâtre du Canada, en 2009, j’ai joué dans plusieurs pièces de théâtre que j’ai eu la chance de reprendre de nombreuses fois chacune en tournée au Québec (Les Aventures de Lagardère, Le Bourgeois gentilhomme, La Cage aux folles, Mythomanes, D’Artagnan et les trois mousquetaires).

 

Dès ma sortie de l’école, j’ai aussi décroché un rôle dans l’Auberge du chien noir que j’ai gardé jusqu’en 2016. L’avantage avec cette production, c’est qu’on y était très conciliants en ce qui concerne les horaires (pouvez-vous croire qu’ils s’arrangeaient même pour que les actrices enceintes puissent continuer à travailler!? C’est du jamais vu dans ce domaine.). Je pouvais donc jouer au théâtre, avoir d’autres contrats ou projets personnels et tourner avec eux. Depuis 2009, ma vie a donc oscillé entre le théâtre (en tournée ou pas), les lectures de textes théâtraux, les tournages télé (peu de cinéma) et quand même beaucoup de publicités (qui sont très payantes et qui m’ont permis de faire des contrats qui l’étaient moins!). J’ai évidemment eu des mois de vache maigre, sans aucun contrat, à remettre mon talent en question, mais il arrivait toujours quelque chose pour me prouver que j’allais dans la bonne direction même si je semblais stagner. Il y a aussi eu des périodes pas possibles de plusieurs projets en même temps qui ont été un calvaire à orchestrer, mais desquels je suis sortie emballée et grandie!

 

 

4. Quels profil et qualités faut-il avoir pour exercer ce genre de métier? 

 

Plusieurs donneraient des réponses très différentes des miennes… Énormément d’humilité. Il y a très peu de rôles pour la quantité astronomique d’acteurs talentueux. Il faut donc apprendre à accepter que la plupart du temps, malgré tout le travail qu’on a mis pour se préparer à une audition, nous ne sommes pas choisis. Il y a aussi la réalité de plus en plus commune de ne tout simplement pas être convoqué à une audition qui semble pourtant parfaite pour nous. Les auditions pour des rôles principaux en fiction sont extrêmement rares pour les gens « pas encore très connus du grand public ». Il faut également de l’humilité pour arriver à se plier aux exigences des metteurs en scène ou des réalisateurs. Il arrive qu’on ne soit pas en accord avec leurs choix artistiques. On peut en discuter, trouver un terrain d’entente, mais à la fin, c’est le capitaine qui tranche et nous n’avons pas ce titre. Oui, on se doit d’être un bon soldat, mais notre esprit critique et créateur se doit aussi d’être au service de l’œuvre.

 

Ça prend aussi une bonne dose de confiance en soi et en ses capacités. Un professeur m’avait déjà dit que si j’avais à me « tromper » sur scène, de me tromper franchement, d’assumer totalement ce que je faisais même si à l’intérieur de moi je n’étais pas certaine d’être sur le bon chemin… Il ne faut pas essayer à moitié, il faut plonger en offrant constamment notre vulnérabilité. Ça demande donc de la confiance en soi, de l’audace et un bon lâcher-prise.

 

Je trouve également qu’il faut beaucoup d’empathie et d’ouverture. Il faut quand même se transposer dans la peau de personnages fictifs parfois à mille lieux de ce que nous sommes! Avoir la capacité de comprendre et d’accueillir différents sentiments et émotions est primordial d’après moi.

 

De l’écoute et un bon sens de l’observation. Une bonne interprétation prend tout son sens dans les détails. Y être attentif sert à bien les transposer dans une situation inventée. Plusieurs disent aussi qu’on reconnaît un bon acteur à sa capacité d’écoute… L’écoute, c’est ce qui nous permet d’être en réelle connexion avec l’autre, de se laisser influencer par lui pour mieux faire évoluer une scène. C’est un travail d’équipe.

 

De la discipline et de la curiosité. Il faut faire nos devoirs, s’entraîner, arriver préparé aux auditions, aux répétitions, aux tournages. Notre corps est notre outil de travail; il faut en prendre soin. Même dans des périodes creuses, il faut continuer à s’informer, à lire, à s’entraîner un minimum, à aller voir des pièces de théâtre, des films au cinéma, des spectacles de danse, de l’Art!

 

Une bonne concentration. Le temps file à une vitesse folle sur un plateau de tournage. Chaque minute est comptée et importante. Garder son calme et rester concentré sur la scène quand tout bourdonne autour sans se laisser contaminer par le stress ambiant est très important. Même chose au théâtre. Peu importe ce qui se passe sur scène, dans la salle (vous seriez étonnés…), si tu vis les pires moments de ta vie, qu’un membre de ta famille meurt (hé oui…) ou que tu es malade comme un chien, tu dois raconter l’histoire au meilleur de tes capacités.

 

Il faut être généreux de temps et d’argent. Ne pas être radin et surtout, ne pas choisir ce métier pour devenir une star et faire plein d’argent. Vous allez tomber de très haut…

 

 

5. Comment se déroule vos journées de travail? 

 

Encore là, ça dépend. Parfois on a à préparer une audition ou travailler un texte de théâtre, de télé ou de cinéma. Trop de gens pensent qu’apprendre un texte par cœur est le plus difficile… J’aimerais tant qu’ils réalisent que c’est si peu comparé aux autres défis qu’engendre cette profession! Le plus plaisant, d’après moi, c’est de décortiquer un texte, d’analyser les rapports entre les personnages et de se préparer à toute éventualité, à toutes les directions dans lesquelles cette histoire peut aller. Beaucoup de ce travail se fait seul, mais c’est souvent très bénéfique de demander à quelqu’un de nous donner la réplique. Le reste se fait en salle d’audition et de répétition ou sur le plateau de tournage, avec ses partenaires, le metteur en scène ou le réalisateur ainsi que toute l’équipe technique.

 

Pour un spectacle de théâtre, c’est du travail de longue haleine. Les répétitions débutent souvent plusieurs mois d’avance afin d’intégrer la mise en place du spectacle, d’apprendre le texte, d’explorer les avenues possibles par rapport à l’interprétation, d’intégrer le travail de tous les concepteurs, etc. Beaucoup de travail se fait également à la maison dont l’apprentissage du texte, la recherche et la révision des notes du metteur en scène et de nos déplacements sur scène (notre « choréographie »). Au fil des répétitions (scène par scène puis dans leur ensemble), les choix qui, selon l’équipe et le metteur en scène servent le mieux l’histoire se précisent. Par contre, tout peut toujours bouger y compris le jour de la première représentation devant public. Les soirs de spectacle (ou parfois les matins ou les après-midis ou encore, les deux!), on arrive habituellement une ou deux heures d’avance pour se réchauffer (la voix et le corps), se maquiller, se coiffer et se costumer et quand c’est l’heure, on se lance! C’est assez difficile d’aller se coucher tout se suite après une représentation, quand l’adrénaline fait encore son effet. C’est pourquoi, souvent, on est plus des oiseaux de nuit lorsqu’on est au théâtre.

 

Sinon, en télé et en cinéma, on reçoit nos textes quelques semaines d’avance, mais il se peut aussi qu’on les reçoive la veille ou qu’il y ait des modifications à y apporter juste avant de tourner. Il faut donc être capable d’intégrer le texte assez rapidement. Sur un plateau de tournage, y compris les publicités, les journées commencent habituellement à l’aurore, autour de 6 h. Il faut donc se lever très tôt pour se rendre à l’endroit désigné où l’on se fait maquiller, coiffer, et où nos costumes nous attendent. Quand tout le monde est prêt et que l’équipe technique a terminé de préparer le plateau, nous pouvons commencer à tourner les scènes (rarement dans l’ordre de l’histoire, mais plutôt par lieux). En général, on commence par un plan large (qui englobe tout le monde), on continue avec des plans plus serrés et on termine par des gros plans de chacun des comédiens. Il faut donc non seulement bien jouer la scène, mais aussi répéter les mêmes gestes aux mêmes moments (être «raccords») pour faciliter le travail du monteur, sauf quand c’est un plan séquence. Les journées peuvent être très longues (parfois 12 heures et plus). Il faut donc bien gérer son énergie, être bien préparé, être concentré et avoir du plaisir!!

 

Il y a aussi des journées complètement folles où tu as un contrat de voix le matin, tu travailles dans un café l’après-midi (hé oui, la réalité des travailleurs autonomes!), tu joues au théâtre le soir et tu tournes toute la journée le lendemain dès 6 h. Tout est possible!

 

D’autres fois, tu n’as rien durant des jours. C’est là que la discipline et la curiosité entrent en jeu. Il faut s’informer, s’occuper, se déstabiliser. C’est trop facile de devenir une couch potato et de chialer qu’on n’a pas d’audition.

 

 

6. Quel est le meilleur aspect de votre domaine que vous ne trouveriez pas ailleurs?

 

Je crois que je pourrais le trouver en partie ailleurs, mais différemment.

 

 

Ce qui me stimule le plus, c’est que j’ai vraiment l’impression d’en apprendre énormément sur l’être humain, d’évoluer, de changer mes perceptions à chaque étude de texte et d’aider, en les interprétant, à changer celles du public. Ma sensibilité exacerbée sert à quelque chose, c’est génial!

 

 

En plus, le travail est si rare que je suis toujours entourée de gens hyper reconnaissants qui rêvent de travailler toujours plus et non que le vendredi soir arrive au plus vite ou de boire un pina colada sur la plage!

 

 

7. Qu’est-ce que votre métier vous a apporté (professionnellement et personnellement)?

 

J’ai souvent eu l’impression de me dépasser à plusieurs et à différents niveaux. Le métier de comédien vient avec un lot de défis immenses. C’est aussi tellement épeurant, parfois, cette constante vulnérabilité en audition, en répétition, en tournage ou en faisant de nouvelles rencontres tout simplement (plusieurs acteurs sont comme moi, gênés). J’ai tellement souvent goûté à un trac immense, mais à chaque fois, j’ai continué. J’ai appris aussi que ce n’était pas la fin du monde si je me plantais royalement ou si j’avais l’air ridicule, que j’étais capable de mettre mon orgueil de côté, de me relever et de réessayer. J’ai rencontré des êtres humains magnifiques, brillants, qui m’ont aidé à devenir une meilleure personne et des spectateurs complètement chamboulés par mon interprétation ou notre spectacle. On a même déjà reçu une lettre d’un élève qui avait redécouvert le goût de vivre après avoir assisté à une représentation de D’Artagnan et les trois mousquetaires. Venez nous dire que l’Art est inutile après ça... Les gens se sentent souvent compris et se reconnaissent dans ce qu’on leur présente. Je dirais donc que c’est vraiment au point de vue humain que ce métier m’a le plus apporté.

 

 

L’Art aide à se sentir moins seul et ça, ça n’a pas de prix.

 

 

8. Avez-vous un objectif de carrière?

 

Mon principal objectif de carrière est de faire des projets stimulants et enrichissants toute ma vie. De pouvoir vivre de mon métier et d’être fière des projets auxquels je prends part. J’espère vraiment pouvoir continuer à personnifier une foule de personnages différents et raconter de bonnes histoires à la télé, au théâtre et au cinéma.

 

 

9. Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite réussir dans le domaine?

 

Je lui dirais de relire les réponses de la question 4. Attelle-toi. Sois prêt à ce que ta vie professionnelle aille en dents de scie. De formidables acteurs ont commencé à travailler plus « sérieusement » passé quarante ans et d’autres ont vu leur carrière s’éteindre après des débuts endiablés.

 

Tout le monde veut s’entourer de gens agréables, alors travaille sur toi. À talent égal (et du talent, il y en a à la tonne, au Québec), on choisira toujours l’acteur avec la meilleure attitude. N’attends pas que le téléphone sonne. Va au-devant des choses, provoque-les, fais tes projets ou fais autre chose en même temps qui te stimule. Reste actif! Tout peut arriver n’importe quand, alors sois prêt! Et arrête de chercher à plaire, soit juste sincère.

 

 

10. En quelques mots, comment décrire au mieux ce que vous faites, ce que vous vivez?

 

En ce moment, je tourne dans une excellente émission de six épisodes d’une heure qui sortira à l’automne (je n’ai pas encore la permission d’en dire plus pour le moment). Cette opportunité, ce personnage, je l’attendais depuis très longtemps et c’est arrivé au moment où je m’y attendais le moins. Ça faisait des mois que je travaillais dans une boutique à essayer de garder espoir et hop! Cette audition est arrivée (ma seule pour un rôle télé en plus d’un an), j’ai travaillé très fort et j’ai été sélectionnée pour le rôle. J’espère vraiment que ça m’apportera d’autres projets stimulants du même genre.

 

Pour la troisième année, je répète également pour une lecture de textes théâtraux écrits par des universitaires que nous présenterons à la mi-juin. C’est stimulant de travailler ces textes actuels et très différents d’un auteur à l’autre. Ce sont de beaux défis pour les comédiens, j’ai l’impression d’aider en faisant entendre la parole de ces jeunes auteurs et la gang est super! + Nouvel ajout au parcours

 

Sinon, je vais tourner une publicité à Toronto au début juillet et après, je n’ai rien à mon agenda, c’est le néant. Je suis habituée. C’est toujours vertigineux, mais je vais me répéter que tout peut arriver n’importe quand, bien que ce soit toujours à recommencer et je vais me garder active! 

 

 

 

Si vous voulez plus d’informations, vous pouvez aller sur le site de l’UDA : https://uda.ca. L’UDA est notre syndicat qui est là pour défendre les droits des interprètes (acteurs, chanteurs, danseurs, animateurs). Ce n’est pas simple d’en faire partie. L’UDA offre plusieurs services et outils pouvant servir à se perfectionner, des avantages sociaux et toutes les informations nécessaires à propos des conditions de travail et des ententes collectives.

 

 

Vous avez un rêve de carrière et vous cherchez comment y arriver? Un petit coup de pouce pourrait vous être d'une grande aide! N'hésitez pas à venir nous voir. L'équipe d'Option-travail est là pour vous!

 

 

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